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lundi 12 septembre 2016

L'INDÉPENDANCE FAUSSAIRE ET LA DÉSERTION DU POUVOIR RÉEL


L'indépendance : tributaire de la puissance et non d'un référendum

Pour le bénéfice des lecteurs je tenterai de bien m'expliquer afin de ne susciter aucune confusion puisque je renvoie à des termes et à des idées qui sont hors du champ de la réflexion habituelle chez les souverainistes-indépendantistes. Mais les temps nous invitent à des changements, encore d'autres! Et si vous n'êtes pas trop réfractaires au changement, une idée que tous les motivateurs friqués ont reprise, vous devriez être bien servis.

D'abord, je m'élève contre les frères jumeaux que sont le provincialisme et le référendisme. Opposés en paroles, ils se complémentent dans la fuite en avant.  Le provincialisme est caractérisé par le renoncement à l'exercice du pouvoir alors que le référendisme est reconnaissable par la réclame qu'il fait pour une indépendance faussaire.  François Ricard pourfendait récemment les partisans d'un nouveau référendum en soutenant qu'un référendum gagnant ne ferait qu'ouvrir la porte à des négociations. Ce qui est incontestable. Accessoirement, il pointait les fédéralistes dans leur rôle d'habiles provocateurs politiques, et les péquistes, comme incapables de résister à l'attrait de l'échec. Toujours prêts à tomber dans le panneau.

«Bien des indépendantistes, à tort, croient qu’un référendum gagnant nous mènera nécessairement à l’indépendance. De même, chez les fédéralistes, plusieurs croient qu’un référendum gagné par le Québec conduira ce dernier à l’indépendance. Ces personnes des deux camps sont dans l’erreur.» (1)

Les troupes fédéralistes sont bien dressées, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour elles, tout référendum conduirait à l'indépendance. C'est l'alerte rouge qui sonne depuis l'élection de René Lévesque. Ainsi, anglophones et allophones, minorité politique monolithique, se tiennent prêts à monter au créneau dès que la «menace» de l'indépendance sort le bout de son nez. Or, les chefs de file fédéralistes et leurs inconditionnels ont-ils raison de craindre l'indépendance ou s'ils ont tout simplement acquis le réflexe pavlovien de crier au loup dès que les «indépendantistes» veulent «donner leur 110%» en évoquant un référendum ?

François Ricard en conclut tout à fait à propos que les deux camps sont dans l'erreur. En d'autres mots, ils se dupent mutuellement en prolongeant la vie de leurs lubies respectives. Le camp péquiste parce qu'il n'a jamais fait de référendum sur l'indépendance et n'en fera jamais. Le camp fédéraliste parce qu'il a compris combien il était facile de mettre les Québécois en boîte en répercutant l'idée-panique que le spectre de l'indépendance revenait hanter la «pax canadiana».

Ceci mérite quelques explications car je sens déjà que des convaincus, réfractaires au changement, me vouent déjà aux gémonies, ne serait-ce que par l'insécurité que pourrait susciter chez eux le dévoilement de ce jeu de dupes qui fait danser aux Québécois la St-Guy depuis 1980.

Précisons. L'indépendance – si le mots ont encore un sens – consiste pour une nation à détenir les pouvoirs lui permettant de maîtriser sa destinée. Pour faire simple, ce sont les pouvoirs cardinaux, soit ceux qui comptent le plus pour tout pays qui sait ce qu'est d'être indépendant. Ce sont donc les pouvoirs de l'argent et ceux de la force d'abord. L'indépendance se mesure ainsi à la capacité de contrôler sa banque, sa monnaie et son économie; de défendre ses frontières extérieures et de maintenir l'ordre intérieur par des forces armées et policières qui répondent à l'autorité étatique. Ceci s'applique à tout pays.

En d'autres mots, croyez-le ou non, nous n'avons pas encore commencé à parler sérieusement d'indépendance au Québec. Ni avec Lévesque, ni avec Parizeau et pas davantage avec PKP. On fait un plat avec le lancement de l'Institut de recherche sur l'indépendance, soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? On en reparlera le moment venu mais ça s'annonce plate comme une crêpe car le «war room» de l'indépendance n'existe tout simplement pas. On excusera mon scepticisme mais je m'attends à des études d'intellectuels qui ne vaudront pas un pavé dans la mare, je le pressens au temps qu'il faut pour en accoucher. Bref, pour y revenir, un référendum sur le sujet que personne ne maîtrise est par conséquent impossible. C'est d'ailleurs conforme à la simple vérité historique. Il vous suffit de retourner au libellé des questions référendaires de 1980 et 1995 pour constater que l'indépendance n'était pas l'enjeu. Et à juste titre, car la population n'y a jamais été préparée. Pour bien remettre les choses à plat et rompre avec les récits fantaisistes, il suffit de se demander sur quoi portait donc les deux premiers référendums... et ajoutons l'éventuel prochain, à propos duquel les aspirants à la chefferie du PQ s'apostrophent déjà, comme si le «vouloir» ou simplement le garder dans le décor donnait en soi un surplus de fibre patriotique.

Allons plus loin. Un éventuel oui à un éventuel référendum est peu probable et ce, quelle que soit la question posée. Mais si, par hasard, le oui l'emportait avec une petite majorité obtenue à l'arraché, on jase, cette courte victoire ouvrirait la porte à n'importe quoi, dont des divisions sur des revendications à la baisse, le tout préludant à une finale décevante, possiblement contraire aux intérêts du Québec.

Quant on n'a jamais réussi à regrouper la masse critique de la nation, quant on est séparé d'elle et qu'on craint comme la peste son identité, comment serait-il possible de former avec elle un consensus national fort? Dans ces circonstances de grande faiblesse, au final, qu'y aurait-t-il à négocier? Représentés par un si pauvre parti armé d'un si pauvre mandat? Car, ouvrons les yeux, la plus totale confusion l'égard de la prétendue indépendance persiste depuis 50 ans... Le projet d'indépendance du Québec contient des titres et de la réclame, mais tout cela est entrecoupé de tant de pages blanches et de non dit qu'on ne remarque même plus l'erreur. Ce qui est toutefois persistant, je le reconnais, c'est le désir d'autonomie culturelle, linguistique, en matière d'éducation et d'immigration.

Revenons au consensus et rectifions. Un consensus national fort a déjà été obtenu en cinquante ans. Il s'est en effet cristallisé autour des accords du lac Meech, menés par le libéral Robert Bourassa en 1887. Pour rappel, cet accord donnait au Québec des pouvoirs accrus, notamment dans le domaine de la culture et de l'immigration. Il lui donnait la possibilité de se retirer des programmes fédéraux avec pleine compensation. En reconnaissant le Québec comme société distincte, il ouvrait la porte à un changement de la dynamique entre le Québec et le Canada, figée depuis 1867. Plus de 65% des Québécois l'aurait applaudi, dont 80% de souverainistes ! 

Or, vu les circonstances mélodramatiques dans lesquelles se sont tenus les deux premiers référendum, et compte tenu de ce que je viens d'exposer, une petite victoire ne pouvait conduire au mieux qu'à des accommodements raisonnables, se solder avec un Meech plus (ou moins), garnis d'un enrobage différent. Le prochain et tout hypothétique référendum qu'appelle de ses voeux Martine Ouellet ne permettrait pas davantage. La branche référendiste du PQ ne fait que s'enfoncer davantage à marcher dans les traces des échecs du passé, faute d'en avoir fait un bilan sans complaisance, d'où sa presse d'en découdre avec les fédéralistes qui, justement, fédèrent la moitié du Québec.

Résultat des courses.

Qui est prêt à continuer de braquer la moitié du Québec contre l'autre pour au mieux des accommodements raisonnables ? Au pire et plus probablement pour un autre échec dramatique et démoralisant car, les deux référendums précédents l'ont bien montré, après un non les chefs plient bagage et renvoient les militants aux douches. Jacques Parizeau n'était pas prêt à continuer le combat en cas d'une défaite dans les urnes, même contestable. Dans la confusion, il a appelé à la démobilisation générale. Une vérité que la majorité des indépendantistes refusent de voir, comme si la réalité leur faisait trop mal. Le maintien de la «Pax canadiana» pesait sans doute dans sa décision, laquelle renvoyait à l'improvisation dans laquelle l'aventure référendaire avait été lancée. Et ce fut une aventure. Diriger une province, chose à laquelle il ne pouvait se résoudre, le fit jouer la santé et la cohésion de la nation sur une simple consultation populaire, pour finir aussi lamentablement. 

Les fractures profondes héritées du premier référendum et consolidées à l'ère Parizeau sont toujours celles qui traversent et plombent lourdement le Parti québécois aujourd'hui. Ceux qui ne veulent pas de référendum sont soupçonnés de provincialisme, ce qui est d'ailleurs assez vrai car ils restent à ce jour incapables de produire un plan de redressement national qui utiliserait tous nos pouvoirs. Le soupçon d'être contents de diriger une province leur colle donc à la peau. À l'opposé, ceux qui veulent un référendum restent sourds aux arguments souvent sensés des provincialistes. Entre les deux, aucun appel, aucune intuition, aucune réflexion ne semblent assez puissants pour briser cette stérile dichotomie.

Au sein de la mouvance référendiste loge une envie d'en finir qui ressemble à l'attirance irrésistible pour l'échec. Le Québec n'est jamais gagnant. Depuis longtemps il perd systématiquement au jeu de la politique, mais ses chefs continuent de l'inviter à foncer dans le mur. 

Or le Québec vaut mieux. Et le défi immédiat des politiques du serait de rassembler les Québécois autour de quelques idées fortes, autour de consensus qui nous feraient progresser, quitte à renverser des monuments du statu quo au passage. Contrairement à Parizeau qui ne voulait pas diriger une province, grave erreur, il faudra se résoudre à le faire et à le faire correctement... pour arriver à le faire puissamment. Car la voie de la puissance est la voie de l'indépendance. 

Épris de grandes ambitions mais peu formée et aguerrie sur le plan politique, l'élite souverainiste a négligé de se souder aux pouvoirs qui lui étaient confiés. En fait, le Parti québécois au pouvoir a souvent marché dans les routines établies par le parti libéral, n'agissant que de façon marginalement différente. Était-ce faute d'avoir les coudées franches, faute de pouvoir compter sur une nette majorité parlementaire? Possible en partie, mais cela ne peut expliquer tout un parcours navrant, comme la phobie toujours grandissante de notre identité qui le caractérise maintenant. Il suffit de rappeler la récente visite de Marine Le Pen qui les a mis, toute cette bien pensance, au bord de la crise de nerfs. Il est clair que cette panique de vierges effarouchées, pour si peu, ne fait pas de la classe politique actuelle une force fiable. Au contraire, elle la disqualifie pour nous mener à l'indépendance. Mon conseil, ne les suivez surtout pas sur la voie référendaire.

Il y aurait tant à faire. D'abord unir les Québécois en leur proposant un redressement à travers des objectifs qui s'adressent à la masse et non à des clientèles communautaires. Les grands consensus devraient se faire sur des enjeux du quotidien, enjeux désertés par le Parti québécois. Voici quelques exemples :

1- Fracasser l'immobilisme qui prive les Québécois de l'accès aux soins de santé. Venir à bout de cette féodalité médicale qui oblige les malades à attendre des heures et des heures dans les urgences. Donner le pouvoir aux super infirmières, faire venir des médecins coopérants de l'étranger (Cuba ?) pour travailler avec elles à créer de super cliniques d'urgence qui contourneraient, s'il le faut, le système actuel maintenu en place au profit de minorités âpres au gain. Sans se mettre à dos les médecins, leur faire comprendre que les médecins devenus ministres de la santé n'ont jamais pu régler les problèmes qui persistent depuis trop longtemps car ils n'ont pas l'indépendance nécessaire pour le faire. Le prochain ministre de la santé ne serait pas un médecin, quelqu'un d'autre, une infirmière de renom par exemple. 

2- Donner au Québec un visage français, re-vamper les institutions et les règlements qui accompagnent la loi 101 et les appliquer avec tout le muscle que la loi et les règlements autorisent. Revoir les budgets de cette mission, revoir ses objectifs et s'assurer qu'un personnel de direction motivé est bien en selle. Donner un signal clair et net qui atteindra tout le Québec, le Canada et le monde en gardant le cap. La langue de la réussite au Québec devrait être le français, il faut d'abord y croire nous-mêmes et accroître l'utilité du français partout, au sein de l'État et de ses prolongements d'abord. 

3- Diriger résolument et explicitement les nouveaux arrivants dans des parcours qui les conduisent à s'intégrer à la nation majoritaire. Imposer des tests de connaissance du français et de connaissance des réalités québécoises. Le faire avec fermeté, ce qui aura pour effet de décourager les moins adaptables et de ramener le nombre d'immigrants à des proportions plus conséquentes avec notre capacité d'intégration. Mettre la pression voulue pour admettre des immigrants qui non seulement parlent français (ce qui est insuffisant), mais des immigrants qui manifestent une aptitude et une volonté à s'intégrer. Cibler par exemple des Syriens chrétiens, plus proches de nos valeurs et qui sont d'ailleurs les plus persécutés.

4- Remettre à l'étude l'enseignement de l'histoire nationale du Québec obligatoire pour tous: L'épopée de la Nouvelle-France, (sans doute au monde le cas le plus harmonieux de la colonisation européenne), Samuel de Champlain, la Conquête, la déportation des Acadiens, les troubles de 1837-38. Enseigner aux nouvelles générations l'essentiel des enseignements qui nous ont aidés à survivre dans la durée. 

5- Obliger les universités anglophones à s'engager dans un programme graduel de francisation partielle pour en arriver à ce que l'enseignement universitaire sur le territoire se fasse en français dans une proportion égale à celle de la population francophone. Idem pour les collèges. Le Québec ne peut échapper à reconnaître qu'il a un caractère multi-national, mais la nation fondatrice et majoritaire est en droit de s'affirmer en garantissant le respect des autres, mais pas davantage qu'en proportion de leur importance démographique et historique.

6- Augmenter l'intérêt de l'État pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine religieux catholique. Rappeler que les cultes religieux, s'ils sont égaux en droit, ne sont pas égaux sur le plan patrimonial et historique. L'institution catholique a été un pilier de la fondation du Canada, d'abord. Ensuite, seule capable de le faire, elle a soigné la nation canadienne-française de ses blessures après la violente répression britannique des années 1837-38, faisant ainsi échec aux plans d'assimilation du Rapport Durham et préparant de fait, notamment par la fondation de collèges classiques de haut niveau, le sursaut national dont l'apogée se situe dans les années 1955-1980. Pour ces raisons, la religion catholique est une religion à part pour la nation québécoise. Elle mérite la reconnaissance de toute la nation, y compris celle des nouveaux arrivants et des adaptes des autres cultes. Cette dernière mesure, qui est en fait un changement d'attitude, est probablement la plus importante de toutes pour unir profondément la nation québécoise au delà des lignes partisanes.   

Cette petite révolution des mentalités, qui demanderait beaucoup de confiance, de nerfs et d'aplomb, ne serait au fond que le signe que nous nous respectons nous-mêmes, à titre de peuple d'accueil et de peuple fondateur du Canada. Remarquez que toutes ces mesures n'exigeraient l'addition d'aucun nouveau pouvoir à ceux que le Québec détient déjà. Or, le Parti québécois qui, paraît-il, aurait le courage de faire l'indépendance (armée, monnaie, banque, etc.) n'a jamais eu le courage d'utiliser pleinement les pouvoirs de la province de Québec dans l'intérêt national. Quant il a feint de les utiliser, il est reparti piteux en s'excusant comme d'habitude.

Il est facile de promettre qu'au bout d'un référendum se trouve l'indépendance. Mais au bout du compte, personne de ces «visionnaires» n'est responsable des résultats. Il semble bien, si le passé est garant de l'avenir, que si «le maudit peuple ne dit pas OUI», on démissionne, on se crache dans les mains et on recommence. Jusqu'à quand? Mes amis, il est beaucoup plus difficile de faire face à l'opposition hurlante qui se dressera dès que le Québec prendra la décision d'agir en conformité avec ses propres intérêts nationaux, que de réclamer un fumeux référendum. On a prétendu que dans le fédéralisme le Québec n'avait pas assez de pouvoir pour agir dans son intérêt national. Je suis d'avis que cette ligne de pensée est une ligne démissionnaire qui a conduit à la désertion du front le plus important pour le développement de l'affirmation, de l'autonomie et de la puissance nationale.

Ceux qui ont suivi les affaires savent qu'on a abusé de l'expression «gouvernance souverainiste» pour cacher une certaine vacuité. Sous Pauline Marois, l'expression, bien trouvée sans être nécessairement malhonnête, tenait plus de la réclame que du programme. Il reste néanmoins que les possibilités d'une vraie gouvernance souverainiste sont grandes pour changer la face du Québec et le remettre sur le chemin de la confiance, puis de la puissance. À condition que cette gouvernance ne soit pas un alibi aux mains de politiciens populistes et sans substance. Pour que l'indépendance ne soit pas faussaire, qu'elle procure au Québec le maximum de liberté politique et d'autonomie, il faut comprendre que cette dernière est tributaire de la puissance. Le Québec pourra être aussi indépendant que sa puissance le lui permettra. 

Aujourd'hui, dans l'impossibilité de faire progresser notre demi-indépendance de jure, soit le statut politique du Québec, il faut s'employer à faire progresser notre indépendance de facto. Regardons le monde. De plus en plus de petites entités nationales sont contraintes de se développer comme des nations sans avoir la reconnaissance d'autres pays, d'une majorité de pays ou de l'ONU. Pourquoi ne pas apprendre de ces expériences ? Au delà de la Catalogne et de l'Écosse, il faut s'ouvrir les yeux sur une multitude de situations nationales qui sont apparues au fil des ans. La presse n'en parle pas mais elles existent. Plusieurs de celles-ci se trouvent au sein ou en marge du monde russophone, mais aussi ailleurs (2). Quoi qu'il en soit, l'indépendance, qu'on le veuille ou non, est à la limite de la puissance que peut déployer un pays. Par conséquent, pour tenter d'en faire une formule, je conclurais, au risque de me répéter, que l'indépendance est au bout de la puissance et non au bout d'un référendum.

Je ne me fais pas d'illusion en écrivant ces lignes. Je sais d'expérience que l'arrivisme politicien, l'esprit multiculturaliste généralisé et la soumission aux valeurs mondialistes qui règnent au Parti québécois, comme au sein des autres partis, y compris Option nationale et Québec solidaire, ne permettront pas qu'un programme de redressement national voit le jour aux prochaines élections. Mon ambition est plus modeste, soit de montrer que le référendisme est un échec fini et qu'il s'oppose au sein du PQ à un autre échec historique qui est le provincialisme. Cette ligne de fracture stérile au sein du PQ a été consolidée sous l'ère Parizeau. Son dépassement éventuel est éminemment souhaitable. Pour en sortir par le haut, il faudra que de nouvelles valeurs habitent ceux qui font de la politique. Il faudra aussi que les politiciens indépendantistes cessent d'avoir honte de leur identité. Une honte encouragée et présentée comme «progressiste» à l'aune des valeurs du déracinement prêchées par tous les haut-parleurs de l'hyper classe mondialiste.  


1- http://vigile.quebec/Le-referendum-pour-les-nuls

2- Pour les intéressés qui veulent fouiller des cas de statuts de jure faibles ou incomplets qui enfreignent (ou pas) les constructions nationales de facto: Abkhazie (Georgie), Ossétie du Sud (Georgie), Haut Karabach (Arménie), Transnistrie (Moldavie), Les républiques de Donetz et de Lugansk (Ukraine), la Palestine (Israel), Le Somaliland (Somalie), Républika Srpska (Bosnie).  


vendredi 1 avril 2016

En marge de ma chronique ¨«Les musulmans» boucs émissaires¨

Vigile mettait en ligne cette chronique que j'écrivais le 1er avril 2016.

http://vigile.quebec/Les-musulmans-boucs-emissaires

Voici  un texte

http://www.philolog.fr/la-bresilianisation-du-monde/

que je reproduis sans le commenter, avec lequel je suis pour une bonne part en accord et partiellement en désaccord. En accord certes avec l'analyse qui est faite du bourgeois bohème et du naufrage de la gauche. Je le crois bien étayé et utile pour approfondir la réflexion.

Ce que je cherche à présent c'est une source crédible qui traite du fascisme. Non dans le sens galvaudé et employé trivialement, mais dans le sens originel, soit de l'absolu renoncement à la lutte des classes pour y substituer la lutte contre une menace intérieure ou extérieure fantasmée, exhibant  dans les deux cas la tendance à promouvoir un nationalisme étroit. Jusqu'à en arriver, comme aujourd'hui dans le cas de l'Ukraine post-maïkan, à fabriquer un univers nationaliste anachronique qui renoue sans gène avec l'Allemagne nazie et ses figures, comme au premier plan celle de Stephan Bandera.

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La brésilianisation du monde

carnaval de rio www.album-photo.net

  Il est bon de suspendre parfois le difficile travail d'appropriation des concepts. J'appellerai récréation ces moments de pause. Je désire aujourd'hui présenter un compte rendu d'un petit livre, d'accès très facile, que j'ai trouvé intelligent : La peste et l'orgie. Giuliano Da Empoli. Grasset 2005. 
Constat: L'auteur observe qu'il y a une mise en déroute du rationaliste progressiste dans son analyse du réel, depuis l'explosion des réality shows, des blogs, du populisme, du terrorisme, du retour du religieux etc. Celui-ci ne semble pas comprendre que son rêve d'un monde soumis aux exigences de la raison n'est qu'une illusion. D'où son indigence analytique, celle-ci se manifestant par un surcroît d'indignation.
  La thèse de l'auteur est que la civilisation occidentale avec son pari rationaliste et progressiste rencontre ses limites. Comme l'avait analysé Nietzsche, une grande civilisation est la synthèse réussie d'un fond dionysiaque et d'une mise en forme apollinienne.
  Or nous avons eu tendance à refouler Dionysos, le dieu de l'exubérance vitale, du chaos, du fond obscur et tragique de l'existence. Nous avons cru au progrès, à une finalité de l'histoire, aux vertus d'une raison conquérante et libératrice. La faillite des idéologies, les horreurs du 20° siècle ont sonné le glas de ces vaines espérances.
  A l'opposé des tentations occidentales, dans la version esprit des Lumières, la vitalité dionysiaque est la réalité immémoriale du Brésil : passion sensuelle, histoire abolie dans l'apothéose de l'instant carnavalesque, rire de la transe ou énergie de la danse, existence comme sensation et spectacle, violence et jouissance.
   L'auteur établit que le monde contemporain est en voie de brésilianisationaccélérée, entendant par là : « une samba frénétique où un pôle carnavalesque, fait d'expression corporelle et de théâtralité, de grandes célébrations et de métissage, entre en résonance avec un pôle tragique fait de risques et de violences, d'astrologie et d'un fatalisme qui, à son tour, trouve à s'épancher dans le carnaval, contribuant à alimenter une spirale inépuisable oscillant constamment entre l'orgie et le massacre, côtoyant le sublime et l'obscène jusqu'à les fondre dans un rythme unique et incessant ».
  La réflexion de Giuliano da Empoli consiste donc à pointer les différentes caractéristiques de ce qu'il appelle la brésilianisation.
  Je relève celles qui me paraissent les plus emblématiques du phénomène :  

  La démocratisation de l'orgie.

 

   Le goût des plaisirs et, en particulier, des plaisirs interdits n'est pas une nouveauté. Il est aussi vieux que la nature humaine puisque les pulsions instinctives appartiennent à notre condition, d'une manière bien plus évidente que les tendances spirituelles ou morales. La nouveauté tient seulement au fait que les plaisirs, autrefois réservés à une élite, intellectuelle ou autre et soigneusement dissimulés aux yeux du profane sont désormais le lot de masses de plus en plus nombreuses. En témoigne le fait que la pornographie comme genre a disparu ; elle s'est diluée dans une culture de masse communément acceptée. Au début des années 90 on a ainsi assisté à la grande fusion entre éthique bourgeoise et culture bohème. La contre culture s'est réconciliée avec les impératifs de l'entreprise (création d'entreprises de design, de publicité permettant de gagner de l'argent tout en se prévalant d'un esprit rebelle). La culture officielle s'est mise à recycler commercialement les éléments dadas, nihilistes, underground de mouvances jusqu'alors marginales et ennemies du monde capitaliste. Au fond, s'est opérée l'institutionnalisation de la subversion. Ce qui était contestation est devenu le propre du monde branché, le bourgeois bohème, la quintessence de la civilisation occidentale avec son culte des plaisirs, en particulier celui de la table, son culte du corps et son goût de l'ivresse collective (les grandes messes sportives, artistiques, politiques). La télévision est évidemment l'instrument par excellence de cette atmosphère où l'émotion l'emporte sur la raison. Elle permet la propagation rapide de véritables épidémies thématiques.  « La lecture est un acte éminemment individuel, presque antisocial. Les mass média créent au contraire, une atmosphère complètement différente, fusionnelle, favorable à la naissance de nouvelles dispositions sociales  dominées par de nouvelles élites ».

 La nouvelle superclasse.

       Traditionnellement la caractéristique d'une élite est de se poser en modèle de bonne société offert à l'admiration des contemporains. La forme la plus patente d'admiration est l'imitation ou en termes consacrés, depuis les analyses de René Girard, le mimétisme. Traditionnellement encore, ce qu'on appelait élite incarnait des idéaux, des valeurs imposant un contrôle de soi, une sublimation des tendances primaires ou vulgaires. L'auteur utilise la division freudienne du psychisme entre ça, moi et surmoi, pour dire que les élites traditionnelles étaient des élites surmoïques, à l'intérieur desquelles le Moi tend à s'identifier au surmoi et à réprimer le ça. Désormais les nouvelles élites sont issues du show business. La valeur dominante est de parvenir à attirer l'attention du public. A l'inverse des anciennes élites dont la réussite était proportionnelle aux capacités de travail, d'auto contrôle et de dissimulation, les qualités inverses sont requises pour faire partie de l'élite actuelle: se laisser aller plutôt que se retenir, donner libre cours aux pulsions instinctives. J Hallyday n'est jamais aussi populaire que lorsqu'il casse les chaises. Zidane que lorsqu'il pratique le coup de boule, l'intellectuel si spirituel que, lorsqu'avec Catherine Millet, il décrit sa vie sexuelle etc. Il s'agit d'être célèbre or une vie de star est une vie où l'on peut tout se permettre, où l'argent est roi, où il ne s'agit que de briller, fût-ce l'espace d'un instant. D'où l'idéal de l'homme contemporain : passer à la télévision, ne serait-ce que quelques instants.

 L'éloge du métissage et de la culture populaire.

   Les élites traditionnelles brésiliennes se caractérisaient par un sentiment de honte à l'endroit du métissage de leur société. Cette honte les portait à imiter les modèles européens et à produire un art sans vitalité et originalité. Le renouveau est venu d'une exaltation de l'identité brésilienne désormais fière de ce qu'elle est : exubérante, populaire, métissée. D'où un double mouvement : à l'horizontale, une tendance à combiner cultures, traditions, et matériaux provenant d'origines différentes, à la verticale, une tendance chez les élites culturelles à puiser dans ce vivier les sources de leur créativité. On peut dire que la vogue de « l'ethniquement ambigu », du mélange des races et des cultures, de la contestation des hiérarchies et du «  tout est culture » s'est exportée dans le monde entier. Nous vivons l'ère du syncrétisme dans  tous les domaines : religieux, artistique, politique, philosophique etc.

 Le carnaval, contrepartie du sens du tragique, l'orgie contrepartie de la peste.

   Aux antipodes de l'optimisme historique des Lumières, nous avons renoué avec le sentiment du primat du destin sur la volonté humaine. L'irrationnel fait la nique à la rationalité, la violence urbaine, les inégalités résistent à nos efforts pour les juguler. La volonté humaine n'est pas toute puissante. Nous redécouvrons la vérité tragique du réel et l'orgie, l'exaltation de l'instant, le carnaval deviennent, comme aux époques des grandes pestes, une manière de domestiquer la peur et de consentir au fatum.
    Le livre s'achève sur une condamnation sévère du discours de l'intellectuel progressiste, (de gauche comme il se doit).
  Il est accusé d'être paradoxalement trop prompt à condamner la dimension dionysiaque de l'époque, celle qui offre pourtant des possibilités de liberté inédites, à condition de mieux la maîtriser alors qu'il est fort complaisant à l'égard de la dimension tragique de notre monde. Comme hier à l'égard de l'horreur totalitaire communiste, il témoigne d'un aveuglement  criminel à l'endroit des vraies menaces, celle en particulier du fascisme islamique parce que la haine de soi qui le caractérise (haine de l'Occident, libéral, capitaliste) transforme en victimes ce qu'il faudrait condamner sans concession. « Sa censure indignée s'abat implacablement sur toutes les formes d'effervescence. Hédonisme et consommation de masse, soin du corps, exhibitionnisme télévisuel et culte de la célébrité, nouvelles croyances et spiritualité à usage personnel : toutes ces formes suscitent la réprobation de l'intellectuel progressiste. En revanche il réserve son indulgence aux phénomènes qui peuplent les cauchemars des Occidentaux : en premier lieu le terrorisme international et la criminalité urbaine ». L'auteur voit dans cette attitude, la raison de la mise hors jeu de l'intellectuel dans le présent. La gauche européenne retrouvera du crédit lorsqu'elle sera plus en harmonie avec la brésilianisation propre à la société, ce qui semble être l'art maîtrisé par celui que le progressiste appelle trop rapidement le populiste.
  Da Empoli porte au crédit de la brésilianisation l'avantage d'être le meilleur rempart contre le totalitarisme et non comme le prétend l'intellectuel progressiste une des ses expressions molles.
  «  Quand il s'élève contre les manifestations du carnaval de masse, le progressiste oublie cette simple leçon : tout ce qui renforce l'attachement des individus à la vie, dans sa simple manifestation quotidienne, diminue les chances de succès d'idéologies totalitaires qui demandent, pour une raison ou pour une autre, de sacrifier le présent pour bâtir un avenir radieux ».
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mardi 22 mars 2016

Commentaire - sur une course longue (quantité) et courte (qualité) à la chefferie du Parti québécois



  • gilles verrier

    Monsieur Thomson, vous écrivez :
    De même, il faut être d’une incroyable naïveté pour croire que les politiques d’accueil des émigrants que ce soit au Québec ou dans le reste du Canada resteront sans conséquence pour l’avenir de nos identités respectives, ou suffiront à assurer la survie des valeurs fondamentales qui font et forgent nos identités culturelles et identitaires tout en assurant leur continuité.
    Le problème est que nous venons d’élire un chef qui n’a pas eu besoin de se prononcer clairement sur ces questions, comme le fait remarquer justement M. Ricard. On a eu vite fait de transformer une rare occasion de faire un débat d’idées en concours de personnalités. Plusieurs ont prématurément choisi leur camp. Vigile en est. On n’a pas jugé utile de poser les questions difficiles, de cuisiner les candidats... pour connaître le fond de leur pensée. La politique spectacle étant par définition superficielle.
    Le message de M. Ricard m’a allumé tout de suite. J’ai voulu relire ce que j’écrivais le jour du lancement de la course à la chefferie du Parti québécois, ce parti qui après avoir élu des Pierre-Marc Johnson, André Boisclair et Lucien Bouchard (je vais m’arrêter là) devrait avoir appris le devoir de précaution. Mais il semble que l’espoir de remplacement des libéraux et la cause de la probité gouvernementale suffisent. Le reste est ce qui tient lieu de souverainisme, des paroles. On a rénové. Changé l’appellation de souverainisme par celle d’indépendantisme, priant pour qu’un ravalement de façade change tout l’édifice. Peine perdue, rien n’a changé.
    Nous en sommes à la quadrature du cercle. Le Parti québécois se meurt de vouloir demeurer un parti agréable aux yeux de l’establishment canadien et mondial, auxquels il donne des gages de soumission à répétition tout en croyant demeurer souverainiste. Le dilemme cornélien ne tient plus. Il devra choisir. Dans l’épisode que nous venons de vivre il a choisi pour l’establishment et contre nous. Fidèle à son habitude des petites trahisons, la rectitude politique l’a emportée sur l’indépendance, sur ce que j’appelle à tout le mois un « bon comportement » patriotique. Il n’a pas sauvé l’honneur. Il nous a renié comme l’apôtre Pierre le fit (« Je ne connais pas cet homme ») et c’est maintenant au moins la troisième fois. La coupe est pleine, l’affaire est entendue, ce parti ne fera jamais l’indépendance.
    Nous sommes seuls, affreusement seuls devant le spectre d’un gouvernement mondial-mondialiste qui viendra mettre de l’ordre dans nos affaires, qui nous rendra la sécurité contre le terrorisme en éliminant toutes les souverainetés nationales. Une femme venue d’ailleurs est venu donner une leçon de virilité aux indépendantistes du ravalement de façade. Ils ne l’ont pas reconnue. « Je ne connais pas cette femme », ont-ils dit, je ne connais rien de ce qu’elle dit. Les immigrationnistes-mondialistes auront bientôt plein de sang sur les mains chez nous, comme ils en ont en France et en Belgique. Le PQ est des leurs.
    Voir ma tribune libre (et le fil des messages) pour se rappeler combien nous coute notre naïveté politique collective. Mais plusieurs commencent à y voir clair et c’est encourageant.

samedi 19 mars 2016

Se distinguer de Claude Morin - et comment donc !


Ainsi, me pose-t-on la question de savoir si mes propositions ne sont pas une réédition de celles de Claude Morin. Naturellement, il n'en est rien et pour dissiper tout doute à ce sujet, je vais m'exprimer d'une manière plus directe, avec moins de précautions dans mon propos afin que chacun comprenne bien de quoi il s'agit.

Ce que propose Claude Morin c'est de recourir à des référendums sectoriels et d'adopter une constitution québécoise. Je ne suis pas du tout dans cette dynamique. Par contre, je le suis davantage quand il s'exprime en faveur de l'utilisation de la clause dérogatoire.

Ce que je propose c'est de monter à l'assaut de l'État du Québec et d'en faire un bastion de la défense de nos intérêts. Ce qui suppose une petite révolution à l'intérieur du PQ, qui n'a jamais que mollement défendu nos intérêts quand il ne les a pas tout simplement trahis. Comme dans le cas de l'affaire Michaud où ce parti d'écervelés, censé être de notre coté, est allé détruire la réputation d'un honnête patriote, un des nôtres, dans une union déshonorante avec l'engeance libérale. Il fallut ensuite quatre ans avant que les auteurs commencent à s'en excuser, assez mollement d'ailleurs. Sans la trahison péquiste il n'y aurait pas eu d'affaire Michaud. Et cette affaire est importante parce qu'elle est révélatrice de la profondeur des convictions au sein du Parti québécois, en tout cas de sa direction. Pas mieux : dans la foulée du référendum de 1995, le PQ s'est complètement effondré sur la question nationale. Il a accepté béatement les résultats, refusé absolument de les contester sous tout rapport et a lâchement abandonné toute défense de notre cause pour se réfugier dans le provincialisme le plus plat. 

Et aujourd'hui, la trouille aux fesses, le PQ prend d'avance ses distances avec la présidente du plus grand parti politique de France. Il refuse de rencontrer pour ne pas se faire diaboliser... du fait, ne serait-ce que de l'avoir rencontrée. Mais quel courage! Pendant ce temps-là, le Canada reçoit avec les honneurs les ordures d'Arabie saoudite et d'Ukraine. Comme dans le cas de l'affaire Michaud, le PQ cherche encore une fois à donner des gages à l'establishment. La prise de position de PKP, qui soulève une controverse jamais vu sur son Facebook n'est que la dernière en lice des petites trahisons du PQ, un parti qui ne cesse de décevoir. 

Mon propos est simple. Il s'agit de demander au PQ de cesser de nous trahir dans les moments critiques. Dans ces moments difficiles où les parlementaires, qui sont les premiers représentants du parti, devraient, au lieu d'aller se cacher, redoubler d'ardeur et de courage et mettre leur tête sur le billot. À la lumière de ses impostures, il est présentement impossible pour une personne sensée de se fier sur le Parti québécois pour faire l'indépendance du Québec, peu importe le moyen, la façon ou la stratégie. Ce qu'il faut demander au Parti québécois c'est qu'il fasse le ménage dans sa propre boutique, dans sa propre politique. Et ensuite, pour commencer, on ne mettra pas la barre trop haute, on va simplement lui demander de bien se comporter. 

D'autres objections semblent venir du fait de prétendre à l'exclusivité mutuelle entre la lutte pour l'indépendance et de faire de l'État le bastion de la défense de nos intérêts. Comme je l'ai expliqué ailleurs, il n'en est rien. 


http://vigile.quebec/L-independance-passe-par-le

lundi 14 mars 2016

L'indispensable reconquête de l'État

L'indispensable reconquête de l'État
LA MONTÉE EN INDÉPENDANCE, POSSIBLE DÈS 2018
Les errances de l'idéalisme philosophique en politique

Après plus de cinquante ans de souverainisme, nous devrions aujourd'hui avoir le coeur à la fête. Palper le succès de nos longs investissements dans la cause avec satisfaction et arriver enfin au bout de nos efforts. Hélas il n'en est rien. Bien au contraire, le mot que les indépendantistes ont le plus souvent à la bouche depuis vingt ans est le mot «relance», mot qui sous-entend une certaine stagnation. En fait, l'incapacité de rebondir confine à l'effondrement. Pour remède, on se fend donc à imaginer des expédients pour «relancer» l'indépendance. La magie n'opérant pas, on pourrait conclure à moindre frais que la cause ne se pose plus du tout dans les mêmes termes. Un constat qui échappe à la sagacité de fervents patriotes qui ne cessent de ranimer les cendres de la stratégie passée pour y déchiffrer la formule de «la relance», comme on lirait, avec plus d'ésotérisme, l'avenir dans les feuilles de thé.

Dans cette chronique, après un détour pour faire découvrir la philosophie politique qui anime les plus ardents «référendistes», je plaiderai la cause de la reconquête de l'État, un objectif qui peut unir les Québécois. Je terminerai en proposant un cadre programmatique pour une victoire incontestable aux élections de 2018, passage obligé pour renouer avec de grandes ambitions.

Des errances d'une philosophie politique
On a commencé à parler timidement de l'échec du «référendisme». En s'enhardissant dans l'analyse, ce qui est en train de se répandre, on commence à comprendre de plus en plus qu'il s'agit de l'échec d'une approche du tout ou rien, qu'illustre cet orgueil mal placé qui consiste à refuser de diriger la province d'une main haute et assurée, sous prétexte que l'indépendance serait à elle seule cet événement révélateur, le moment quasiment mystique sans lequel l'État du Québec ne pourrait agir de manière décisive.

L'approche «référendiste», en fait ce qui la sous-tend sur le plan de la conception du monde et des changements qui s'y opèrent, révèle la prépondérance (consciente ou non) de la philosophie politique idéaliste chez nos compatriotes et en particulier chez ceux qui ont défini depuis longtemps l'orientation du mouvement, tels Claude Morin, René Lévesque et Jacques Parizeau. La base du raisonnement philosophique qui caractérise cette approche mérite d'être mieux définie.

«En philosophie, l'idéalisme est une doctrine qui accorde un rôle prépondérant aux idées et pour laquelle il n'y a pas de réalité indépendamment de la pensée. »(1)
Pour le dire à ma façon, l'idéalisme c'est de croire que l'histoire suivra la route qu'on lui trace parce que ma bonne idée est un boulevard. Par conséquent, la prépondérance des idées sur la dynamique propre aux phénomènes matériels en société (économiques, sociologiques, de tout ordre...) (2) conduit à des positions telles que tenait l'ancien premier ministre Bernard Landry avec son fameux mot d'ordre des années 2000 (3) : «Sortir, parler, convaincre». Suggérant que le manque d'efforts de conviction expliquerait l'insuccès. C'est ce que reprend à son tour Pierre Cloutier, qui estime que des milliers de militants sont maintenus dans la passivité parce que le PQ ne donne pas le signal : «quand on veut un pays, il faut avoir le courage minimal de le mettre sur la table, le matin, le midi, le soir, la semaine et la fin de semaine». Pour lui, deux ans d'assemblées de cuisine et de tournées régionales devraient changer la donne. En d'autres mots, même si l'état major ne donne aucun signe de cohésion sur le message à passer une fois qu'on a répété les banalités d'usage, les militants devraient sortir et convaincre.(4)

Pour expliciter, l'idéalisme politique des «référendistes» se vérifie par certains traits (le lecteur comprendra ici que je ne m'adresse à personne en particulier, le «il» que j'emploie renvoie à l'idéalisme politique) :
1- Il néglige de faire une analyse concrète des rapports de force et des conséquences à en tirer.
Par exemple, de la division de la nation en plusieurs partis, de l'appui à la souveraineté devenu anémique, etc.

2- Il véhicule une idée fantasmée de l'indépendance, un nouvel Eldorado, détachée, privée de rapport dynamique avec les obligations actuelles de l'État.

3- Il néglige de prendre en compte le caractère relatif et limitatif de l'indépendance des pays, ce qui est particulièrement vrai pour le Québec.

4- Il se paie de mots ou abuse des mots, tel «indépendance»
Car, ce qui est évoqué pour le Québec au final, est un pouvoir politique limité, qui commence par la reconduction des responsabilités provinciales actuelles, augmentées de pouvoirs en matière socio-culturelle, de langue et d'immigration et d'une plus grande autonomie économique. Parlons-nous toujours d'une indépendance sans armée? sans monnaie et sans banque centrale? Sans frontières avec le Canada? Or, dans ce cas, une souveraineté limitée ne peut donner des relations extérieures indépendantes. Est-ce que le siège à l'ONU serait un siège de complaisance avec des positions calquées sur celles du Canada? D'ailleurs, pourquoi insister? Le Québec n'a jamais vraiment revendiqué sa propre politique internationale? Est-ce à dire, on jase, que le Québec récolterait tous ses impôts mais que ceux-ci seraient en partie retournés à Ottawa pour qu'il administre les responsabilités qui lui seraient laissées, de toute évidence nombreuses, pour tout ce qui est de l'avenir post-indépendance immédiat et prévisible?
C'est donc dire que le Québec indépendant, esquissé dans l'historiographie souverainiste, qui varie il est vrai, aura d'autres responsabilités mais le noyau dur de la souveraineté continuerait de lui échapper.

Donc, même après une indépendance durement négociée en notre faveur, devenue de jure, ne serions-nous pas encore un peu dans la petite politique provinciale, soit dans la continuité de l'insuffisance d'indépendance?

5- Il dévalue l'État provincial et son potentiel, refusant de concéder que sa montée en puissance et en effectivité permettrait de construire l'assise d'une plus grande indépendance, jusqu'au statut d'État indépendant. Autrement dit, il néglige l'intérêt qu'il y a à accroître indépendance de facto, pour ne donner d'importance qu'à l'indépendance de jure.

Faire la fine bouche sur cette question est véritablement de l'idéalisme de haut vol. Le «grand bond en avant» se produirait donc subitement, spontanément. On sait très bien que les responsabilités de l'État sont de tout temps. Refuser d'y faire face rejoint la perspective même de l'anarchisme. On verra plus loin que l'État se trouverait pour une part devant les mêmes défis, même si l'indépendance se produisait demain matin.

De nouveau sur l'analyse de la situation
À l'idéalisme philosophique du courant «référendiste», j'oppose le pragmatisme politique. (5) L'État du Québec est notre instrument collectif pour l'émancipation. Il s'avère que pour la première fois de son histoire moderne il est investi par des forces ouvertement anti-patriotiques, pires que tous les gouvernements québécois antérieurs qui, même velléitaires adhéraient au nationalisme traditionnel. Marcel Haché a raison quand il affirme que le Parti libéral a été intégré par le Parti Égalité et non l'inverse. On tarde à en prendre acte, même si le parti libéral d'aujourd'hui se situe à des années lumières de celui de Robert Bourassa ou de Jean Lesage.

La question que je pose à mes amis indépendantistes est de savoir comment, alors que nos propres forces sont affaiblies par deux échecs successifs qui nous ont beaucoup couté, que les forces patriotiques sont divisées plus que jamais et que notre État est entre les mains des ennemis de la nation, que ces derniers y ont placé partout leurs agents, qu'ils s'y sont incrustés depuis des années, de sorte que l'État du Québec serait un véritable champ de mines pour un prochain gouvernement plus patriotique, comment peut-on dans ce contexte en arriver à croire que la situation commande aujourd'hui de nous lancer dans une troisième aventure référendaire, dans une élection décisionnelle ou dans une constituante alors que nous ne disposons d'aucune base pour s'y lancer ? Suffirait-il de répéter le mantra assez souvent pour que la réalité daigne s'y conformer?

Selon moi, la situation commande la reconquête de notre État. C'est indispensable du fait que cette reconquête porte la possibilité de constituer un dénominateur acceptable pour l'ensemble des forces nationalistes. Donc, un objectif rassembleur à partir duquel peut être reconstitué l'unité nationale. Dispersés au sein de plusieurs partis, la reconnaissance mutuelle de la relance de l'État donnerait la chance de former un consensus national nouveau, ayant le potentiel d'aller au-delà du fédéralisme. Mais d'abord, l'idée de ne plus jamais laisser passer l'État du Québec aux mains des libéraux est centrale.

La prise en charge ferme et assurée de l'État comme processus constitutif de l'indépendance.
Il nous presse de comprendre que la puissance de l'État provincial sert à préparer l'indépendance et ne s'y oppose pas. De comprendre que des petites victoires, ces changements quantitatifs, représentent la meilleure chance de produire des changements qualitatifs plus tard, comme le changement de statut politique. Il s'agit de mettre en marche dès l'élection notre indépendance dans les domaines de notre compétence, réaffirmer la puissance de l'État à l'encontre des petites féodalités trop longtemps tolérées.

Dans un esprit rassembleur, il importe de choisir des dossiers reconnus d'intérêt universels pour en faire un programme en quelques points et d'éviter impérativement le piège des causes minoritaires ou communautaires à la mode qui braquent les uns contre les autres : féminisme, laïcité, lgbt, constituante, constitution, référendum, etc. En 2018, pour gagner, il ne s'agira pas de faire de la pédagogie politique au profit de sensibilités particulières ou minoritaires, mais de prêcher à des oreilles réceptives ce qu'elles veulent entendre, et il y matière. Soit de dire à six millions d'honnêtes gens ce qu'ils n'ont pas entendu depuis longtemps, ce que nous voulons tous entendre. Et d'y aller férocement avec tout ce qui sert le bien public le plus large. Voici neuf points (parmi d'autres) qu'il faudrait certes reformuler en «langage électoral» et ramener éventuellement à trois ou cinq points centraux tout au plus.

  1. Agir en santé, quitte à déplaire aux médecins et aux médecins spécialistes, ce qu'aucun gouvernement n'a voulu faire (le gouvernement du Québec indépendant le ferait-il? C'est le même problème!) pour en finir avec l'attente aux urgences et rendre accessibles pour tous les soins de santé. Impérativement, ne pas choisir un médecin à la tête de ce ministère, nommer une infirmière-chef familière avec les urgences.
  2. Assainir et donner les coudées franches à la direction des poursuites pénales, enrayer la criminalité d'État et la corruption.
  3. Mettre derrière les barreaux les criminels identifiés par la Commission Charbonneau et les autres enquêtes policières qui présentement n'aboutissent pas. (Le même problème avec les mêmes hésitations si le Québec était indépendant demain matin... idem pour la suite.)
  4. Modifier les politiques d'Hydro-Québec, une autre féodalité dans l'État, pour que notre électricité serve pour une part de levier au développement économique, notamment par l'accroissement de notre indépendance dans les transports et en alimentation (production serricole) et autres domaines.
  5. Caisse de dépôt et de placement. Modérer son inclusion dans le marché financier pour l'obliger à se doter d'un volet de ré-investissement national, visant l'accroissement du PIB et le soutien à la PME, segment d'activité le plus créateur d'emplois.
  6. En éducation, rétablir l'enseignement de l'histoire nationale. Redresser partout la qualité de l'enseignement du français.
  7. Revalorisation de la langue française par des mesures particulières dans tous les secteurs, ré-investir dans l'Office de la langue française. Utiliser au besoin, sur un sujet aussi existentiel que celui-là la clause dérogatoire (6), recours qui, à lui seul, symboliserait fortement la volonté d'indépendance.
  8. Intégration des immigrants. Interventions par l'intermédiaire d'agents appartenant aux communautés immigrantes pour relayer des messages qui imposent l'idée de l'importance de l'État québécois, son histoire, sa langue, sa culture religieuse, etc.
  9. Immigration. Réduire à des seuils qui permettent de garantir une intégration harmonieuse. Choisir les immigrants non seulement en fonction de critères linguistiques mais en fonction de critères culturels de compatibilité avec les valeurs de l'intégration plutôt que celles du multiculturalisme.

Pourquoi cela ne s'est-il pas fait avant?
Les raisons sont faciles à comprendre, des gouvernements aux ambitions modérés par les fantasmes référendaires et des gouvernements minoritaires ou formés de majorités peu convaincantes. Ces deux causes expliquent en partie la panne de notre État. D'où l'importance que le prochain gouvernement du Québec soit élu avec une forte majorité.

Est-ce la garantie qu'un programme de redressement vigoureux de l'État sera mis en œuvre? Je n'en sais rien et, en réalité on ne peut rien garantir. En fait, nous savons tous que pour différentes raisons le courage des élus n'a guère impressionné dans le passé. Suffit de mentionner l'affaire Michaud ou les reculs successifs de Lucien Bouchard. Les candidats, nouveaux élus, seront-ils mieux formés, plus entreprenants, plus audacieux, mieux dirigés? Seront-ils capables de garder le cap et de résister aux fortes pressions de l'oligarchie mondialiste des Bilderberg et autres puissants lobbies? La question reste entièrement ouverte. À cette question, je réponds donc par une autre : avons-nous le choix de ne pas essayer?

Les petits gouvernements «provincialistes» sans envergure ont été jusqu'ici la norme. Ils ne sont toutefois pas une fatalité. Quand il y a eu des exceptions, tels les gouvernements de 1954 à 1965, pour ce qui est de la fiscalité, et ceux de 1960 à 1980, pour ce qui est de la fierté nationale, le Québec a progressé. Et c'est à ces occasions que l'indépendance à connu ses moments les plus enthousiasmants.

Selon moi, il n'y a pas d'autre voie. C'est la reconquête de l'État, réalisée avec l'appui massif de la population qui redonnera le goût aux Québécois d'aller plus loin. Quand nous aurons obtenus des gains, l'État québécois aura gagné en puissance et en prestige. À partir de là, il serait trop facile de dire que la suite se devine aisément, non pas. Ce dont il faut d'abord s'assurer c'est que les ressorts de la nation ne soient pas irrémédiablement brisés.

1- http://www.toupie.org/Dictionnaire/Idealisme.htm
2- Ce que le philosophe allemand Hegel développa avec le concept de l'analyse dialectique, reprise ensuite, notamment par Marx et d'autres en philosophie politique, qui firent du caractère matériel prépondérant des choses et des phénomènes la base de la dialectique, qui s'impose toujours aujourd'hui comme un formidable outil d'analyse, principalement dans la variante du matérialisme historique.
3- http://vigile.net/archives/01-3/verrier-landry.html
4- En comparaison, la gouvernance souverainiste de Pauline Marois, était potentiellement beaucoup plus dangereuse. Dans ce cas, ce n'est pas la formule qui fâche mais le fait qu'elle soit restée creuse. Deuxièmement, même avec un contenu clair, on peut se questionner à bon droit sur l'effectivité, le mot n'est pas choisi au hasard, qu'aurait pu prendre la gouvernance souverainiste compte tenu du statut minoritaire de ce gouvernement.
5- http://www.toupie.org/Dictionnaire/Pragmatisme.htm
6- Daniel Turp en faveur de l'utilisation de la clause dérogatoire.


samedi 5 mars 2016

Donner une chance à la prise du pouvoir - pour une mise en échec de la dénationalisation tranquille du Québec

Commentaire dur l'article suivant : http://vigile.quebec/Tout-miser-sur-le-Pouvoir
[Tribune de Marcel Haché]
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Tout miser sur le pouvoir 


Tout miser sur le Pouvoir. Le titre de Marcel Haché est bon. Car la garantie de résultats, même dans le cas de l'élection d'un gouvernement majoritaire sur une ligne nationale - nationaliste est loin d'être acquise. Mais avons-nous d'autres paris plus prometteurs à part miser sur celui-là ? 
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Prendre le pouvoir pour ne plus jamais le perdre aux mains des libéraux. Prendre le pouvoir pour en chasser graduellement les ennemis de la nation. Ce pouvoir qu'ils ont fini par occuper mur à mur dans toutes les dimensions de l'État, dans la haute fonction publique, dans la magistrature, au Barreau, au Collège des médecins, dans le secteur public et para public, à la Caisse de dépôt et de placement, à la Commission des droits de la personne, à Hydro-Québec, dans les médias. Partout.

Il faut non seulement prendre le pouvoir sur une ligne nationale - nationaliste, mais le prendre avec une victoire convaincante. Une victoire à la Marois, à la Landry et autres gouvernements minoritaires ou légèrement majoritaires serait absolument insuffisante. Il en faut plus pour renverser le cours de la dénationalisation tranquille qui s'est enclenchée au Québec. Il faudra idéalement une coalition du PQ et de la CAQ, dont seuls les augures peuvent deviner les contours. Sans refaire l'union de la nation il ne sera pas possible de commencer à prétendre à quelque chose. Tout le reste, la rêverie républicaine, référendaire et constitutionnelle représentent ce qui nous a toujours nui depuis que nous avons perdu le bon coté du manche et, si nous n'y voyons pas, c'est ce qui nous gardera pour toujours à l'écart de notre indispensable ré-affirmation nationale. Condition préalable pour renouer avec de plus grandes espérances.

Le volontarisme politique est notre pire ennemi. Cette spécialité des cénacles indépendantistes, qui se tiennent chaudement à l'écart de la {realpolitik}, nous pond des plaidoiries poussives pour un autre référendum ou d'autres plans alambiqués. Quelle dispense à bon compte de l'analyse du rapport des forces dans le Québec actuel !

La situation, après des décennies de gouvernement libéral et quelques années de gouvernements péquistes minoritaires et faiblards, ou pas intéressés à gouverner une «méprisable» province, nous a conduit à cette déplaisante réalité : le recul. La question n'est plus de savoir par quels moyens faire l'indépendance, qui est aujourd'hui une question oiseuse, presque scolastique, une perte de temps; mais de savoir si la nation québécoise pourra prochainement se relever et se ressaisir suffisamment pour renverser le cours de sa dénationalisation, l'antichambre de sa disparition.
Ce n'est donc plus de l'indépendance dont il s'agit dans la conjoncture actuelle, mais de savoir si il y aura une nation avec suffisamment de vitalité pour qu'elle retrouve le goût de vivre, cette fierté qui pourra la lancer de nouveau dans la durée. «Les boeufs sont lents mais la terre est patiente», cette idée de Pierre Falardeau est plus actuelle que jamais. Elle devrait nous inspirer pour le temps présent : celui des grandes ambitions dans le sens provincial, un programme peu glorieux pour ceux qui refusent de décrocher du «grand soir».  Voilà hélas où des décennies d'errances nous ont ramenés.

samedi 27 février 2016

Anniversaire de la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada - Quelle signification pour nous aujourd'hui ?

À la veille de l'anniversaire de la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, je prends quelques moments pour réfléchir à cet épisode de notre histoire qui à mes yeux conserve une symbolique et une valeur politique insuffisamment retenue dans notre Québec du «Je me souviens».

J'écrivais en 2002, un commentaire peut-être trop élogieux sur l'événement, en tout cas insuffisamment critique, il me semble aujourd'hui.(1) Mais, me dis-je, il ne faut pas critiquer trop sévèrement les manifestations d'indépendance ouvertement déclarées, surtout quand elles ont cette virilité d'antan qui n'a plus court, soit celle de l'avoir fait «les armes à la main». Car à ma connaissance, il n'y en eut que trois. Celle des Canadiens et de Vaudreuil en 1759-60, celle de Louis Riel et celle dont je parle, qui nous livra un message politique encore d'une certaine pertinence, sur lequel il nous est utile de méditer encore aujourd'hui. (2)

Mes sentiments aujourd'hui, si je devais nuancer mon hommage à ceux de Noyan et à leur Déclaration d'indépendance, seraient de dire que leur action fut teintée d'un volontarisme poussif qui n'avait pas le poids de cet assentiment populaire qui rend un mouvement irréversible. Le «mystère de Québec» existait déjà en 1838! On passa outre. Au final, la répression brutale des courageux sacrifiés et de leurs supporteurs provoqua une sorte de «stupeur et tremblement», titre d'Amélie Nothomb qui me semble convenir pour le cas, provoqua le black-out de la mémoire collective pendant cent ans. Leur épopée ne regagna une maigre place dans l'histoire que plus tard, petit à petit. Mais qui chez nos républicains se formalise que notre république a déjà été proclamée ?

Ces idées me sont inspirées par la situation du moment, où la volonté d'avancer vers l'indépendance ne représente plus, par certains aspects, que le volontarisme poussif de ceux qui, désarmés, ne réalisent pas que la population a déjà donné dans le «morinisme» qui l'a dépitée, et ne les suit plus. Et je pense à l'État colonial qui s'obstinait à refuser aux Canadiens de l'époque le pouvoir des élus et je me rends compte qu'aujourd'hui, l'État du Québec est aux mains des prédateurs et des imposteurs. Le pouvoir a muté dans ses formes mais les patriotes d'une nation, plus forts sur les grands élans que rusés à mettre l'adversaire échec et mat, en sont toujours les exclus.

Pour certains, ce que dit Jean-Claude Pomerleau est du charabia, en vérité ce sont des vérités toutes simples. Sans la construction graduelle d'un rapport de force en notre faveur, et il nous faut repartir hélas du bas de l'échelle, les grands projets seront systématiquement tenus en échec. L'histoire future en pensera peut être autrement, mais en ce qui me concerne aujourd'hui, la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, autant qu'elle m'émeut, ne procédait pas d'un rapport de force favorable, du moins à l'interne, car à l'externe les indépendances dans les deux Amériques se succédaient alors dans la réussite. Le rapport de force interne sera toujours déterminant sur les conditions externes, même si ces dernières peuvent jouer dans un sens favorable.

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1. http://vigile.net/archives/ds-patriotes/docs/02-2-26-verrier.html
2. http://www.1837.qc.ca/1837.pl?out=article&pno=document62


mercredi 24 février 2016

Quinze textes de Jacques Sapir sur la souveraineté et le fédéralisme

Quinze textes de Jacques Sapir sur la souveraineté et le fédéralisme


Le lecteur devra naturellement faire quelques mises à niveau pour que les concepts, le plus souvent universels, s'arriment correctement ou partiellement à la situation du Québec : l'objet d'analyse, étant l'Europe et dans certains cas la Russie. La qualité de ce que produit Jacques Sapir sur la souveraineté en fait un des penseurs de pointe sur la question à l'ère du mondialisme. Pour le Québec qui planche sur une compréhension de sa situation de dépendance, voici de quoi nourrir la réflexion. Jacques Sapir a le rare calibre qui lui permettrait de non seulement contribuer aux études sur la souveraineté mais d'en être un des chercheurs proéminents, sans écarter la possibilité qu'il occupe davantage de responsabilités. 

GV
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JACQUES SAPIR

Jacques Sapir
Diplômé de l'IEPP en 1976, a soutenu un Doctorat de 3ème cycle sur l'organisation du travail en URSS entre 1920 et 1940 (EHESS, 1980) puis un Doctorat d'État en économie, consacré aux cycles d'investissements dans l'économie soviétique (Paris-X, 1986).
A enseigné la macroéconomie et l’économie financière à l'Université de Paris-X Nanterre de 1982 à 1990, et à l'ENSAE (1989-1996) avant d’entrer à l’ École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1990. Il y est Directeur d’Études depuis 1996 et dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il a aussi enseigné en Russie au Haut Collège d'Économie (1993-2000) et à l’Ecole d’Économie de Moscou depuis 2005.
Il dirige le groupe de recherche IRSES à la FMSH, et co-organise avec l'Institut de Prévision de l'Economie Nationale (IPEN-ASR) le séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie.

Frontières, mondialisation, souveraineté

On parle beaucoup aujourd’hui, du fait de la crise des réfugiés en Europe et au Proche-Orient, d’un « retour des frontières ». Ceci est assez étonnant, tout en décrivant bien, en creux, l’idéologie dominante dans une partie de la presse et chez certains commentateurs. Il faut en effet constater que les frontières existent aujourd’hui. C’est une évidence mais cela relève de la « découverte » pour certain. De ces frontières, certaines sont plus étanches que d’autres, mais elles sont une réalité générale. Par ailleurs, même au sein de l’Union Européenne l’accord de Schengen est aujourd’hui ouvertement remis en cause. Signe des temps : nous voici bien ramené à la question des frontières. Mais, cette question pose en filigrane celle de la mondialisation et celle de la souveraineté.
https://russeurope.hypotheses.org/4402

Individualisme, holisme et souveraineté

Il faut revenir à ce problème évoqué à propos de l’œuvre de Jean Bodin : l’articulation entre des sphères publiques et privées nettement séparées. Ne nous y trompons pas ; si Bodin, à la suite de la tradition du catholicisme née au Moyen-âge, et en particulier le nominalisme, reconnaît l’existence et le droit d’un individu d’exister par lui-même, cela ne veut nullement dire qu’il considère que cet individu est l’origine de la société. Cette reconnaissance ne vaut donc pas adhésion à l’individualisme méthodologique, qui s’est développé à la suite de la fétichisation de l’individu dans la théorie économique néo-classique. Cela implique, dans les faits, une adhésion à ce que l’on appelle le « holisme méthodologique ». Mais, ceci n’a rien d’évident, du moins en apparence.

https://russeurope.hypotheses.org/4402

Fédéralisme?

Les déclarations d’Emmanuel Macron sur l’avenir de la zone Euro, déclarations qu’il a faites dans le journal allemand, le Süddeutsche Zeitung, ont été largement commentées[1]. Ces déclarations ne sont pas nouvelles. Néanmoins, venant après la crise qu’a connue la zone Euro avec la Grèce au début de l’été 2015, elles prennent une signification particulière. Ces déclarations sont un plaidoyer pour une fédéralisation accentuée de la Zone Euro. L’option fédérale est fréquemment présentée comme la seule permettant une survie de l’Euro[2]. En fait, la question des transferts budgétaires a été largement discutée quant à la viabilité de la zone Euro[3]. Cette question est au centre des discussions sur un possible « fédéralisme ». Si le fédéralisme implique des institutions politiques, il implique aussi des transferts budgétaires entre pays membres de cette « fédération », tout comme ces transferts existent de fait entre les régions d’un même pays[4]. Ce sont ces transferts qui permettent l’existence d’une monnaie nationale alors que le niveau d’activité, et que les structures économiques peuvent être très différents entre les régions. On comprend donc que la question des transferts est une question centrale pour une Union monétaire qui fonctionne réellement.
https://russeurope.hypotheses.org/4347

Souverainisme

Je publie, comme contribution au débat, ici le texte de l’introduction du livre sur le “Moment souverainiste” que je suis en train de terminer et qui sera publié en janvier 2016 aux éditions Michalon. Ce texte reprend un certains nombres de textes précédents qui ont été publiés sur ce carnet.
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Nous vivons un moment souverainiste.
Dans l’agora, qu’elle soit électronique ou non, le souverainisme fait débat. C’est une question qui dérange, et à juste titre. Car le souverainisme est ce spectre qui hante notre monde ; il est ce qui à présent fait clivage. On s’oppose parfois à cette notion dans les rangs de la gauche, où, pourtant, on n’hésite pas à parler de souveraineté alimentaire…Ainsi il y aurait un « bon » souverainisme comme un « mauvais ». Cette incohérence rend ceux qui la tiennent illisibles et, par conséquence, inaudibles. Si la notion de souverainisme a pris une telle place dans le débat c’est bien le symptôme que ce terme touche à quelque chose d’essentiel : la liberté. Celle de faire et de décider, en son nom personnel comme de manière collective, et non la simple liberté formelle.
 https://russeurope.hypotheses.org/4312

Erreurs et impasses de l’européisme

Le texte ci-dessous fut publié en juin 2006 dans la revue Perspectives Républicaines dans son n°2. Neuf années nous en sépare. Ce texte est souvent cité, mais il est difficile à obtenir. Ceci militait pour une nouvelle publication. Il contient aussi l’essentiel de mes réflexions sur l’Euro et ses contradictions, que j’ai affinées avec la crise financière de 2007-2009. On pourra constater à la lecture de ce texte que j’ai assez peu varié, même si certaines de mes positions se sont radicalisées. Je le re-publie donc pour que l’on puisse voir que les arguments que j’avais utilisés à l’époque ont été largement validés par l’expérience.
https://russeurope.hypotheses.org/4306

Mélenchon, la Souveraineté et la cohérence

La crise d’orientation s’approfondit au Parti de Gauche. La réunion du samedi 12 septembre à la Fête de l’Humanité en a fourni une nouvelle, et décisive illustration. Le point central de cette crise n’est pas le temps politicien. Que le PG cherche des alliances pour un scrutin comme les élections régionales où il faut atteindre une barre des 10% pour accéder au second tour est normal. Mais, dans cette recherche d’alliance, le PG est conduit à sacrifier sa cohérence dans le temps Politique. On peut y voir, non sans raison, l’un des effets des règles électorales. Mais, ces règles s’imposent – bonnes ou mauvaises – à tous. En réalité, les incohérences dans le temps politicien tirent leur origine d’incohérences dans le temps politique.
https://russeurope.hypotheses.org/4304

Peuple, religion et ethnie

La question des représentations, des mythes fondateurs sur lesquels s’appuie une société, se pose alors. Il faut comprendre ce qui « fait peuple » ou du moins permet à une communauté de fonctionner. Les réponses potentielles sont multiples, mais elles sont toutes problématiques. On va ici s’intéresser plus particulièrement à la question du « lien religieux » et du « lien ethnique ».
https://russeurope.hypotheses.org/4293

Souveraineté et état d’exception

Certains désordres économiques, en particulier mais pas uniquement dans la sphère financière, confrontent le décideur au choix soit de respecter le cadre des normes habituelles, et de se trouver alors dans l’impossibilité d’agir en temps utile et/ou de manière efficace, ou de privilégier l’efficacité de son action mais en contrevenant délibérément aux normes. L’action « hors normes » est la condition alors pour le rétablissement de ces normes. Ce problème a été concrètement posé par les mesures prises de la BCE contre la Grèce à la fin du mois de juin dernier, mesures qui ont abouti à étrangler l’économie de la Grèce et qui ont compromis le bon fonctionnement des institutions de ce pays.
https://russeurope.hypotheses.org/4287

Décision souveraine et questions sur l’Etat

La prise en compte d’une incertitude radicale comme menace potentielle, mais non comme caractéristique permanente, dans l’économie décentralisée conduit alors à rechercher les procédures permettant de favoriser le déploiement des routines cognitives. La question de la stabilisation des lignes informationnelles qui nous permettent de gérer l’afflux d’informations[1], fait de l’objectif de construction d’espaces de stabilité une démarche méthodologiquement légitime, scientifiquement réaliste et politiquement opératoire. C’est le problème de la convergence, même temporaire, des représentations[2]. On voit immédiatement l’importance de ceci pour la constitution des Res Publicae. De la même manière, ceci justifie des démarches conscientes et délibérées visant à mettre en œuvre des cadres de coordination répondant aux contraintes cognitives et environnementales auxquelles les agents sont confrontés.
https://russeurope.hypotheses.org/4283

Souveraineté limitée ou souveraineté absolue.

Il faut ici reprendre le débat sur la notion de souveraineté qui est mal-aimée tant des économistes que des bureaucrates bruxellois. Ils y voient une intrusion de la discrétion dans l’optimisation, et plus fondamentalement quelque chose qu’ils ne peuvent appréhender avec les instruments de l’économie standard. La critique de la souveraineté, comme concept vide de sens ou dépassé, devient alors un point de passage obligé des argumentations. Dans ce débat, on constate la confusion extrême qui existe entre les différents niveaux d’abstraction. Il y a une confusion immédiate entre l’existence du principe de Souveraineté et les formes matérielles par lesquelles il peut s’exprimer dans une société donnée. Mais il y a aussi une confusion sous-jacente entre le niveau des principes et des faits matériels particuliers. En fait, ces confusions expliquent largement certaines positions des acteurs dans ce débat, encore qu’il faille comprendre que ces confusions sont surtout des justifications à des projets politiques particuliers. En réalité, l’ordre démocratique dérange toujours les possédants et les dominants par la radicalité de ses implications. C’est sur ce terrain que l’on constate tout le pouvoir révolutionnaire de l’œuvre de Jean Bodin.
https://russeurope.hypotheses.org/4276

Souveraineté et ordre démocratique

Si l’on ne peut faire l’économie du principe de légitimité, il faut savoir sur quoi sera-t-il fondé. La Souveraineté peut être déléguée à un individu comme elle peut être exercée par le peuple. Mais, dans le premier cas, le « souverain » n’est en réalité que le dépositaire de la Souveraineté. En réalité, la Souveraineté est toujours une caractéristique d’un ensemble collectif que l’on nomme « peuple ». Encore faut-il savoir comment s’organise ce « peuple », dont on rappelle qu’il est une communauté politique, pour articuler le principe de liberté et celui de responsabilité.
https://russeurope.hypotheses.org/4274

Souveraineté de gauche et de droite

Il y a clairement en France et ailleurs une tradition de la Nation transcendante qui refuse de considérer la Nation dans sa construction historique. On connaît la formule de Charles de Gaulle parlant d’un pacte de près de deux mille ans entre la France et la liberté. La formule est certes belle, mais elle fait fi de l’histoire de la construction sociale et politique de la Nation. Reconnaître cette histoire, ce qui fut le fait des grands historiens du XIXè siècle, de Guizot à Michelet, ancre plutôt le concept de Nation à « gauche ». Ceci étant dit, il faut immédiatement reconnaître qu’un processus d’une telle durée tend en réalité à se représenter aux yeux de ses héritiers comme son résultat[1]. Comme l’a écrit d’ailleurs fort bien un grand historien que j’ai eu l’insigne honneur de côtoyer, Bernard Lepetit : “Le poids du passé devient d’autant plus extrême qu’il tire sa force de son oubli.”[2] Il prend alors la dimension d’un fait transcendant parce que les acteurs ont perdu de vue les conditions historiques d’un procès de longue durée pour n’en envisager que le résultat. On peut donc admettre une congruence entre la thèse d’une Nation transcendante et celle de la construction historique de la Nation, tout simplement parce que cette construction historique est une œuvre d’une telle ampleur qu’elle ne peut se représenter que sous la forme d’un résultat « mythique », exactement comme s’il était le produit d’une transcendance.
https://russeurope.hypotheses.org/4272

Souveraineté ou barbarie?

La question de la souveraineté est aujourd’hui posée en France. Ce n’est pas un hasard. Cette dernière traverse donc aujourd’hui une crise généralisée, qui est bien entendu économique et sociale à l’origine mais qui investit désormais d’autres terrains. Les français le ressentent et le traduisent dans un grand pessimisme[1].
https://russeurope.hypotheses.org/4261

La société au risque de la souveraineté

L’une des erreurs les plus fréquemment commises est de penser qu’il pourrait y avoir une « société de marché » dérivant d’une « économie de marché ». En réalité, ces deux termes – société et marché – sont antinomiques. Le marché est l’espace des contrats, et les contrats ne sauraient fonder une société, quoi qu’en disent certains.
https://russeurope.hypotheses.org/4263

Souveraineté, laïcité et histoire

Alors que les projets de nouveaux programmes d’Histoire prétendent déconstruire en collège la question d’un récit (et non « roman ») national, il faut aujourd’hui revenir sur les conditions de construction de l’Etat moderne. Elles montrent l’importance des conflits, mais aussi des solutions historiques à ces conflits, solutions qui – une fois agglomérées les unes aux autres – ont construit l’identité politique du peuple français. Parmi ces solutions, la question de la laïcité occupe une place prépondérante.
https://russeurope.hypotheses.org/3828