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samedi 27 février 2016

Anniversaire de la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada - Quelle signification pour nous aujourd'hui ?

À la veille de l'anniversaire de la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, je prends quelques moments pour réfléchir à cet épisode de notre histoire qui à mes yeux conserve une symbolique et une valeur politique insuffisamment retenue dans notre Québec du «Je me souviens».

J'écrivais en 2002, un commentaire peut-être trop élogieux sur l'événement, en tout cas insuffisamment critique, il me semble aujourd'hui.(1) Mais, me dis-je, il ne faut pas critiquer trop sévèrement les manifestations d'indépendance ouvertement déclarées, surtout quand elles ont cette virilité d'antan qui n'a plus court, soit celle de l'avoir fait «les armes à la main». Car à ma connaissance, il n'y en eut que trois. Celle des Canadiens et de Vaudreuil en 1759-60, celle de Louis Riel et celle dont je parle, qui nous livra un message politique encore d'une certaine pertinence, sur lequel il nous est utile de méditer encore aujourd'hui. (2)

Mes sentiments aujourd'hui, si je devais nuancer mon hommage à ceux de Noyan et à leur Déclaration d'indépendance, seraient de dire que leur action fut teintée d'un volontarisme poussif qui n'avait pas le poids de cet assentiment populaire qui rend un mouvement irréversible. Le «mystère de Québec» existait déjà en 1838! On passa outre. Au final, la répression brutale des courageux sacrifiés et de leurs supporteurs provoqua une sorte de «stupeur et tremblement», titre d'Amélie Nothomb qui me semble convenir pour le cas, provoqua le black-out de la mémoire collective pendant cent ans. Leur épopée ne regagna une maigre place dans l'histoire que plus tard, petit à petit. Mais qui chez nos républicains se formalise que notre république a déjà été proclamée ?

Ces idées me sont inspirées par la situation du moment, où la volonté d'avancer vers l'indépendance ne représente plus, par certains aspects, que le volontarisme poussif de ceux qui, désarmés, ne réalisent pas que la population a déjà donné dans le «morinisme» qui l'a dépitée, et ne les suit plus. Et je pense à l'État colonial qui s'obstinait à refuser aux Canadiens de l'époque le pouvoir des élus et je me rends compte qu'aujourd'hui, l'État du Québec est aux mains des prédateurs et des imposteurs. Le pouvoir a muté dans ses formes mais les patriotes d'une nation, plus forts sur les grands élans que rusés à mettre l'adversaire échec et mat, en sont toujours les exclus.

Pour certains, ce que dit Jean-Claude Pomerleau est du charabia, en vérité ce sont des vérités toutes simples. Sans la construction graduelle d'un rapport de force en notre faveur, et il nous faut repartir hélas du bas de l'échelle, les grands projets seront systématiquement tenus en échec. L'histoire future en pensera peut être autrement, mais en ce qui me concerne aujourd'hui, la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, autant qu'elle m'émeut, ne procédait pas d'un rapport de force favorable, du moins à l'interne, car à l'externe les indépendances dans les deux Amériques se succédaient alors dans la réussite. Le rapport de force interne sera toujours déterminant sur les conditions externes, même si ces dernières peuvent jouer dans un sens favorable.

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1. http://vigile.net/archives/ds-patriotes/docs/02-2-26-verrier.html
2. http://www.1837.qc.ca/1837.pl?out=article&pno=document62


2 commentaires:

  1. Monsieur Verrier,

    Songez-vous sérieusement à ressusciter le Parti patriote? Sinon, suggérez-vous que le PQ, pour peu qu'il prenne le pouvoir en 2018, reprenne à son compte cette Déclaration d'indépendance pour que le Québec soit, de facto, un pays indépendant? En d'autres termes, comment entrevoyez-vous le processus d'accession du Québec à l'indépendance?

    Cordialement,

    Normand Paiement

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  2. Bonjour M. Paiement,

    Je crois que de relancer le Parti patriote serait un peu anachronique. En revanche, je souhaiterais que l'on retienne l'esprit de ce parti, qu'on ne l'oublie pas, en accord avec notre devise : Je me souviens.

    Il me semble que la signification politique de la Déclaration d'indépendance dépasse largement celle de l'éphémère victoire de Saint-Denis, que l'on célèbre chaque année. Pour l'avenir et plaider sa cause à l'interne comme à l'international, le Québec aurait tout avantage à faire de cet événement politique et symbolique un jalon de sa quête d'indépendance. Ce que St-Denis n'est pas en tant que tel. Qu'en pensez-vous ?

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